Morbleu et sang d’écume que c’est bon de rentrer à la maison !
Trois voies d’eau, le beaupré est resté planté dans leur mature et y’a plus de rats à bord que de filles de joie un jour de fête. Bordel, que j’aime cette ville de raclures, elle est salle et vielle comme mes dessous mais que les dieux m’en soient témoins, elle est confortable, HA !
Je vais te parler de la ville gamin et tu la connaîtras aussi bien qu’un fond de bouteille de rhum. Commençons par où tu vas surement crécher… Vu que tu as été minable lors de l’abordage tu ne vas pas rouler sur l’or. Oui, minable j’insiste, même quand tu t’es pris les pieds dans les cordages et que t’es resté pendu en l’air en braillant comme une pucelle ! Belle diversion certes, mais minable ! Parbleu en tout cas tu nous as divertis et je t’aime bien.
Pour commencer si tu pouvais zieuter la cité d’en haut tu verrais qu’elle a la forme d’une tête de requin qui sort de l’eau. Tristemer notre belle citée est au fond de la gueule et les coraux qui entourent l’île sont comme l’écume de la bête qui veut te choper les miches. L’île doit bien faire dans les vingt kilomètres de long pour 15 de haut. On a de quoi avoir un brin de culture et d’élevage, heureusement car il n’y a plus rien à chasser depuis longtemps ici…
Il y a d’autres coins qu’il faut connaître et je vais t’en parler brièvement. Il y tout en haut la vigie vérolée, c’est un vieux phare à moitié effondré qui devait guider les navires, du temps où l’ile était encore honorable, HA!
Le Croc, c’est le point le plus haut de l’ile, un pic qui sort de la jungle et qui doit bien atteindre les 600 mètres de haut. C’est tendu d’y grimper mais c’est le meilleur point d’observation, crois-moi.
La plaine du Pendu c’est le coin c’est pour les nabots et les estropiés qui cultivent et élèvent pour nous. Pourquoi? Moins on vole de nourriture et plus on vole d’or l’avorton !
Le Puisard c’est la plus grande réserve d’eau de l’île. C’est là que vivent les charpentiers et les tanneurs, y a même un forgeron on s’embourgeoise !
La Vigilante c’est le premier Bateau de Tardil, il l’a fait échouer sur les rochers et s’est enfui à la nage, il paraît que l’équipage voulait se mutiner. Tardil a réglé le problème, il n’y a plus d’équipage. Paraît même qu’avec la sorcière ils ont enchainé les mutins à l’épave en sacrifiant le trésor qu’ils ramenaient!
Les coraux du couteau sont notre meilleure défense, c’est un labyrinthe que seuls les vieux loups de mer connaissent! D’un, ça te ralenti. De deux, si tu viens à marée basse c’est impossible de passer avec les haut fonds. De trois, c’est chez nous et y a que nous qui connaissons le chemin pour pas s’éventrer les miches.
Revenons à Tristemer, tu vas commencer à crécher dans les Venelles du pendeur qui sont dans la partie basse. Crois-moi c’est une expérience à vivre, même en pleine sécheresse les venelles arborent un échantillon de tout ce qui se fait en boue et matières à divers stade de putréfaction. La zone est éloignée de la crique mais une rivière souterraine rend spongieux la zone que les habitants s’efforcent d’appeler « chez eux »… Beaucoup de blagueurs dont je fais parti la nomment « l’éponge à catins ». Mémorise gamin, les moins rapides font partis des matières en décompositions dans le coin, dors que d’un œil !
Maintenant, le quartier des poches. Pourquoi ce nom ? C’est simple, on y rentre les poches pleines d’or et on en ressort avec plein de place pour les paluches. Il y a plein de tripots où gagner et surtout perdre son argent et des filles légères ou des hommes, si tu préfères. Bien sûr y a de quoi crécher, mais si tu ne te soucies que de ça c’est que t’es pas fait pour cette vie la Truite. Dans ce coin, je te conseille le tripot de Gell, il a une face de morue salée et le ventre comme une cale de galion mais il a la bonne idée de pas faire crédit au marin d’eau douce, au moins ces filles ont moins de maladies que le marais de l’autre coté de l’île. Tu devrais aimer ce rade, y a pas de cordages et pas trop de castagne. Et ouais tout le monde sait que Gell, il tape plus fort ! Quand tu ne ressembleras plus à un puceau crasseux la Truite, je t’emmènerai à la Crique à bière, il y a que de la fesse noble qui fait le service là-bas. Toute la décoration est faite à partir des rapines données par les capitaines à la sorcière qui tient la baraque, c’est une sorte de tradition. Tu sais, elle a commencé à soigner les chaudes-pisses quand la cité venait juste de naître et elle a sauvé quelque capitaines, c’est une institution la sorcière !
Deux axes traversent la vérole de cette ville, le reste c’est des rues pour les péquenots qui vivent là. La voie de l’Alambique commence dans le quartier des Poches pour se rependre dans le port. La chique traverse la ville à la perpendiculaire de l’alambique. Ces deux axes sont le cœur de la cité et traversent les quartiers que je t’ai décrit, si tu te perds retrouve les grands axes c’est là où il y à le moins de chance que l’on te dessine un deuxième sourire.
Qui dirige la ville ? Ici pas de conseil de capitaines, c’est Tardil du Corail qui règne, c’est une sorte de roi avec deux caisses de… Bien tu captes à ce que je vois, il est juste tant que l’on rapporte notre tribu. Ceux qui ne sont pas d’accord avec sa politique peuvent craindre son « Hurlement des mers » ou « ces briseurs d’écumes », les cinglés qui protègent Tardil. On dit que ces requins de l’enfer sont envoutés par la sorcière et drogués par elle, en tout cas cherche pas le vrai du faux et te coltine pas avec ces durs de la cale.
Le reste de la cité s’appelle le Filon, c’est la que l’on négocie le fruit de notre besogne, moi je traite surtout avec Jitap, le véreux. C’est le seul dans le coin qui as pas encore essayé de me berner ou alors je ne m’en suis pas encore rendu compte, HAHA ! Commence par aller le voir dans sa boutique, c’est celle de deux étages avec des roues de gouvernail pour porte et une véritable ancre de l’empire sur le perron. Tu reconnaitras le Véreux c’est le seul qui doit être encore plus mal fagoté que toi dans la ville. Allez court la Truite et dis-lui de me retrouver à la Crique de la bière, laisse seulement échapper que j’ai trouvé un truc qui m’a fait rester sobre jusqu’au retour.
Si on a le temps je te parlerai plus du port et pourquoi les culs pincés des cités voisines ne se frottent pas à nous ici. Qu’est-ce que t’attends, cours la Truite !
Un matelot s’approche au signe discret du capitaine.
Oui Cap’taine ?
Suis cette canaille et s’il fait mine d’aller tailler la bavette avec Tardil offre lui un collier fait avec ses tripes de ma part. S’il va directement chez le Verreux, offre lui un chapelet de prière avec ces bijoux de familles. Par contre s’il se perd plusieurs fois ou qu’il demande son chemin tu lui offriras de quoi devenir un homme chez Gell.
Bien Cap’taine…
Aussi avide et patient que le pêcheur, le matelot part chasser la Truite…
JAN


